ACADEMIE DU LANGUEDOC
Domaine Borde-Blanque
8 JUILLET 2026
Installation de Nathalie VINCENT-ARNAUD au 15e fauteuil
par Maryse CARRIER (52e fauteuil)
Monsieur le Secrétaire perpétuel, Monsieur le Président de l’Académie du Languedoc, Mesdames et Messieurs les Académiciens et Membres associés, Mesdames et Messieurs, chers amis.
Nathalie Vincent-Arnaud est née à Toulouse et a grandi à Cahors. Après de brillantes études littéraires à Toulouse, elle deviendra Maître de conférences à l’Université Toulouse-le Mirail appelée aujourd’hui Jean Jaurès puis sera nommée en 2010 professeur des Universités, au Département d’Etudes du monde anglophone ; et elle est en outre une germaniste émérite !
Le CV professionnel de Nathalie est éblouissant :
Elle intervient en effet non seulement au Département des Etudes du Monde anglophone, mais aussi au Département de Lettres modernes, au Département Art et Com et au Cetim (Centre d’Etude en traduction, interprétation et médiation)
Depuis 2022 elle est d’ailleurs Membre de la prestigieuse Association des Traducteurs littéraires de France et elle a traduit notamment le recueil de 60 poèmes de Lotte Kramer, poète britannique d’origine allemande émigrée en 1939 en Angleterre pour échapper à la Shoah: « Enfant » dit Lotte « je me mis/A craindre le mot « Juif »/Les oreilles étaient trop sensibles/Cet héritage était/Comme un fardeau »
(Nathalie va nous lire en effet quelques extraits de ses propres recueils)
Vous assumez également de multiples responsabilités pédagogiques et administratives, encadrant des travaux d’étudiants et des jurys de Master, thèses et même HDR (Habilitation à Diriger des Recherches).
Mais Nathalie exerce d’autre part des activités et des responsabilités scientifiques dans des sociétés savantes et des groupes de recherche, avec responsabilités éditoriales et organisant maints colloques, congrès et journées d’étude.
En outre elle est actuellement directrice adjointe des éminentes Presses universitaires du Midi.
Par ailleurs la liste très éclectique de ses propres travaux de recherche est elle aussi impressionnante : plus de 70, corrélés à de nombreux articles pour rubriques purement artistiques, communications et conférences hors cadre universitaire.
Mais quel agenda !
Quant à ses activités littéraires personnelles, elles s’inscrivent dans le registre de l’écriture poétique, source d’obtention d’une vingtaine de Prix prestigieux dont 5 prix de l’Académie des Jeux floraux : 1 Immortelle, 3 Primevères et en 2026 une médaille pour le poème « Tes lueurs », dont voici les derniers vers : « A toi la ville et sa rumeur étrange/Ses remous/Ses mélanges/N’appelle pas le jour/Sa clarté qui dérange/Les ors de tes lueurs »
Citons d’autre part votre recueil « Clés d’Août », édité à l’aide d’exemplaires numérotés chez Interstices Editions et qui fut lauréat du 1er prix de Poésie du concours « Les Arts littéraires », du prix André Gastou de l’Académie du Languedoc ainsi que du prix Claude Roy de la Société des Poètes Français.
Le recueil suivant « Déchants » (en un seul mot) a remporté le 1er prix des Gourmets de Lettres et un diplôme d’honneur de la Société des Poètes français.
Quant à votre dernier recueil « Quel horizon sera », il obtint cette année le 1er prix du concours « Les Arts littéraires », lequel me tient particulièrement à cœur ! Or qu’entendons-nous dans le poème « Où irons-nous danser » : Danser/Epouser la cadence/Le miroitement sourd/Des liqueurs qui enlacent/Nos corps lestés de transes/Sous un plafond de feu »
Car Nathalie, adepte de nombreuses activités artistiques, se passionne pour la danse (classique et contemporaine), la musique (piano surtout), et elle nourrit une appétence particulière pour la natation, l’eau au pouvoir régénérant étant constante « résonance à un état intérieur » comme dans un poème du recueil « Déchants » : « L’eau vive en toi s’est attardée/Elle traverse les villes/Et les fleuves renaissent au détour de nos rires »
Chère Nathalie, non seulement vous vivez votre vie intensément, mais vous êtes une enseignante-chercheuse remarquable, une personne généreuse, un exemple de cette sagesse humaniste, que Paul Eluard évoqua un jour en ces termes :
« Il n’y a pas d’enthousiasme sans sagesse, ni de sagesse sans générosité »
Et c’est pour toutes vos qualités, votre investissement sans faille, votre engagement au service de la culture que l’Académie du Languedoc a le plaisir aujourd’hui de vous installer en tant que Académicienne au 15ème fauteuil.
Maryse CARRIER
Réponse de Nathalie VINCENT-ARNAUD :
Mesdames et Messieurs,
Chers Académiciens et chères Académiciennes,
Chère Maryse,
Je tiens à vous exprimer ma gratitude pour les mots que vous avez eus pour moi, marques de l’attention que vous m’avez toujours témoignée depuis notre rencontre lors de ce concours des Arts littéraires d’il y a quelques années où mon recueil Clés d’août a obtenu le premier prix de poésie. J’ai été amenée à découvrir par votre entremise cette Académie du Languedoc dont j’avais beaucoup entendu parler sans toutefois en connaître exactement le fonctionnement, l’esprit, les missions. Une découverte marquée par l’obtention du prix André Gastou, du nom du père talentueux d’un autre membre talentueux de cette Académie, François-Régis Gastou, poète de l’affiche et des couleurs. Cette première étape précéda de peu mon accession au rang de membre associée. Même si mon emploi du temps ne me permet que rarement de participer à vos rencontres, je n’en suis pas moins associée aux aventures de cette Académie que je suis, et continuerai de suivre, avec attention.
À présent que l’heure a sonné de mon intégration plus officielle, je voudrais exprimer ma reconnaissance à l’Académie pour cette distinction qui va m’amener à occuper le 15è fauteuil. Ce fauteuil, je ne l’ignore pas, a été celui de Danielle (dite Dany) Nadal, personne que je ne connaissais pas mais dont une brève enquête m’a appris qu’elle était une découvreuse, une pionnière en matière de restauration des textiles. Par un de ces hasards dont on sait qu’ils n’existent pas vraiment, son histoire m’a été révélée avec enthousiasme par une de mes collègues et amies de l’Université Toulouse-Jean Jaurès, spécialiste d’histoire de l’art et de tissus liturgiques. Formée aux textiles et à leur restauration, devenue responsable de l’atelier textile des musées Paul Dupuy et Georges Labit, Danielle Nadal joua un rôle moteur dans la reconnaissance académique de la restauration textile. Elle fit école en transformant l’atelier Paul Dupuy en caverne d’Ali Baba où les tissus coptes voisinaient avec les falbalas et les vêtements d’époque, pour le plus grand bonheur des restauratrices en herbe qui le fréquentèrent, dont certaines accédèrent à des postes prestigieux et dont toutes conservèrent un souvenir ébloui assorti d’une reconnaissance infinie pour cette transmission de savoir faire et de moments de grâce. Danielle Nadal fit ainsi office de défricheuse, de guide, d’accompagnatrice sur le chemin de la découverte d’un passé précieux, de tissus qui respirent la mémoire vive de manières d’habiter le monde, souvenir que la restauration des tissus permet de stabiliser et de perpétuer.
Je me plais ainsi à penser que, dans le droit fil de l’entreprise de Danielle Nadal et de ce qu’elle a légué aux autres, je pourrai moi aussi œuvrer à quelque perpétuation : celle d’un lien vital au monde que je trouve pour ma part dans la poésie, dans la mise en mouvement des mots, des couleurs, des rythmes qu’ils renferment, de tout ce qu’ils nous révèlent et de tout ce par quoi ils nous bougent, à l’instar de la danse, de la musique, d’autres arts, d’autres langages qui, recueillis et transmis, nous donnent nos élans salvateurs en ce monde.
Nathalie VINCENT-ARNAUD