26-04-08 Prix Bande dessinée à Evert GERADTS

ACADEMIE DU LANGUEDOC
Domaine Borde-Blanque

8 JUILLET 2026

 Prix de la Bande dessinée
à Evert GERADTS
par Sylvie ABADIE-BASTIDE (59e fauteuil)

 

Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Mesdames et Messieurs les membres de l’Académie du Languedoc,
Mesdames, Messieurs,


Cher Evert Geradts, chère Dominique, Il est des années qui semblent écrire l’histoire.

En 1843, Charles Dickens créait Scrooge, l’inoubliable avare. Cent ans plus tard, en 1943, Carl Barks donnait naissance, sous les traits d’Oncle Picsou, à l’un des personnages les plus célèbres de l’univers Disney. Cette même année naissait également Robert Crumb, futur maître de la bande dessinée underground américaine.

Comme si 1943 avait vu apparaître les deux grandes familles du neuvième art : celle de l’enchantement et de l’humour, et celle de la liberté, de l’audace et de la transgression.

C’est aussi cette année-là que naissait Evert Geradts à La Haye, aux Pays-Bas, et il allait accomplir ce que peu d’artistes ont réussi : faire vivre ces deux univers avec le même talent.

Son œuvre est tout simplement exceptionnelle.

Plus de deux mille trois cents scénaris, écrits et dessinés pour la Walt Disney Company, ont accompagné des millions de lecteurs sur les cinq continents. Donald, Picsou et leurs compagnons ont trouvé, sous sa plume, des aventures où l’humour, le rythme et l’imagination se renouvellent sans cesse. Mais Evert Geradts refusait de s’enfermer dans un seul registre.

En parallèle, il créait Tante Leny, revue devenue mythique, où s’exprime une imagination totalement libre. Là, l’artiste explore l’absurde, la fantaisie, la satire, l’insolence et la provocation. Ses personnages, devenus des icônes de la bande dessinée alternative, témoignent d’une créativité sans limites.

À première vue, ces deux univers paraissent inconciliables.

Ils ne le sont pas.

Car, derrière les personnages sages comme derrière les figures les plus extravagantes, se retrouve toujours le même homme : un conteur hors pair, un observateur du monde, un créateur inlassable dont l’imagination semble ne jamais connaître de frontières.

Son œuvre est bicéphale, mais son inspiration est unique.

Cette fécondité exceptionnelle explique qu’une importante biographie, écrite avec l’historien américain Mark Burstein, paraisse cette année chez les prestigieuses éditions Fantagraphics. Près de trois cents pages seront consacrées à un parcours artistique dont la richesse force l’admiration.

Evert Geradts appartient à cette famille d’artistes qui inventent sans relâche. Il imagine, il dessine, il écrit, il surprend, il amuse, il provoque parfois, mais toujours avec cette intelligence créative qui marque les grands auteurs.

Sa discrétion pourrait faire croire à l’effacement.

Il n’en est rien.

Son œuvre parle pour lui. Les amateurs de bande dessinée alternative des années soixante et soixante-dix le connaissent depuis longtemps. Les lecteurs de Disney l’ont rencontré souvent sans le savoir. Tous ont déjà croisé son imagination.

En 1977, le plus prestigieux prix néerlandais de la bande dessinée, le STRIP-skap-price) , vient consacrer son immense talent et le placer parmi les plus grands auteurs de son pays.

Depuis plus de trente ans, Evert Geradts a choisi la France. Il a choisi Toulouse. Il a choisi l’Occitanie.

Cette terre de culture, où les arts, les sciences et les lettres dialoguent depuis des siècles, est devenue la sienne. Et notre région est aujourd’hui fière de compter parmi ses habitants un créateur dont le rayonnement dépasse largement nos frontières.

Je voudrais également saluer une présence essentielle : celle de son épouse, Dominique. Compagne attentive, soutien de tous les instants

Cher Evert Geradts,

Vous avez offert aux enfants le plaisir de l’émerveillement et aux adultes celui de la liberté. Vous avez démontré qu’il n’existe aucune frontière pour un véritable créateur.

Votre œuvre est immense par son abondance, remarquable par sa diversité et profondément humaine par l’esprit qui l’anime.

L’Académie du Languedoc est heureuse de saluer en vous non seulement un artiste majeur du neuvième art, mais aussi un homme de talent, de fidélité et de modestie.

Recevez aujourd’hui notre admiration la plus sincère, notre profonde reconnaissance et nos plus chaleureuses félicitations.

Sylvie Abadie-Bastide (29e fauteuil)