La Croix du Languedoc

LA CROIX DU LANGUEDOC
OU
CROIX OCCITANE
CROTZ OCCITANA

par Jean-François GOURDOU
Secrétaire perpétuel de l’Académie du Languedoc

Croix du LangiedocL’Académie du Languedoc, a pour emblème, depuis sa création en 1964, la Croix du Languedoc ou Croix Occitane. Cela naturellement et officiellement du fait même de son nom.
Toutefois l’Académie du Languedoc a particularisé la Croix du Languedoc, par l’addition à ses débuts, de la figure de Clémence Isaure, en son milieu, selon la médaille originale de l’Académie, sculptée par Georges Guiraud, Grand prix de Rome titulaire du 8ème fauteuil et cofondateur de l’Académie. Par la suite elle y a ajouté d’une part pour la section Parisienne la célèbre barque de Paris « Fluctuat necmergitur », située en son milieu et d’autre part pour la section Toulousaine le donjon du Capitole, situé sur la branche haute. C’est cette dernière version que nous arborons aujourd’hui sur notre nouvelle médaille, portée en sautoir, avec un ruban aux couleurs du Languedoc, jaune et rouge, cela depuis que l’Académie du Languedoc a restitué en 1998 Clémence Isaure à l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. En effet, elle lui appartient depuis sa création au 13ème siècle.
Cette magnifique Croix du Languedoc nous interpelle et nous conduit à en rechercher l’origine, son histoire et sa symbolique.
En effet cette croix du Languedoc à une longue et énigmatique histoire, très ancienne, associée à la symbolique des chiffres 3, 4 et surtout 12 des différentes parties de la Croix. Nous allons, grâce à de nombreux livres, en retrouver son histoire, en particulier ceux de Raymond Ginoullac, Bertrand de la Farge, Jean Rocacher, Jean Yves Royer, Henri Rolland, Roger Camboulives, Lauren Macé.

SUR LE PLAN HERALDIQUE TOUT D’ABORD

Ecu du LanguedocL’écu est simple ou dit plein du latin scutum signifiant bouclier. Il comporte une figure dite héraldique avec une pièce de premier ordre ou pièce honorable à savoir la Croix dont il existe de nombreuses variantes de 40 à 72.
La Croix du Languedoc est une Croix Grecque particularisée par 4 éléments. D’une part elle est dite :

  • Patée: de 4 branches perpendiculaires élargies à leurs extrémités.
  • Cléchée: les extrémités des 4 branches ressemblent à des poignées de clés avec 3 angles rentrants et 3 angles saillants.
  • Vidée: les 4 branches sont évidées « à jour » plus ou moins, le plus souvent complètement.
  • Pommetée: les 4 branches sont porteuses chacune de 3 pommettes (petites pommes) ou pommelles ou boutons, ou boules ou perles, donnant un total de 12 pommettes.

D’autre part les Emaux ou couleurs peuvent être différents, pour le Languedoc : croix de Métaux : or soit jaune, sur fond (de couleur) de gueules, soit rouge.
Il existe d’autres Métaux et Couleurs que nous allons voir par la suite.

SUR LE PLAN HISTORIQUE ENSUITE

Il s’agit d’une longue histoire remontant très loin dans le temps, d’une part tout d’abord selon une histoire réelle et prouvée et, d’autre part plus anciennement selon l’histoire Antique des Croix et de toutes leurs évolutions dans le monde antique voire préhistorique.

  1. A) HISTOIRES REELLES PROUVEES

LA CROIX ACTUELLE

a) La Croix du Languedoc est présente sur de nombreux blasons et armoiries de familles et de villes diverses dont bien sûr Toulouse. Mais aussi de nombreuses régions. Drapeaux des régions : Midi Pyrénées et Languedoc Roussillon, mais aussi curieusement d’autres régions : Val d’Aran, Catalogne, Provence, Italie et surtout aussi, la Croix du Languedoc est l’emblème et le logo de nombreuses associations dépendant de la culture occitane.

b) Anciennement en 1229 le Roi de France Louis IX, St Louis imposa au Comte de Toulouse Raymond VII le Traité de Meaux après la guerre des Cathares. Les Fiefs des vicomtes d’Albi, Carcassonne, Razès, Béziers, Nîmes revinrent à la couronne de France. Amauri le fils de Simon de Monford les ayant rendu au Roi de France. Seul l’Agenais fut exclu du Languedoc échangé avec le duc d’Aquitaine.

En 1271 le Roi de France Philippe III le Hardi réunit à la couronne de France tous les territoires du Sud de la France de son oncle le Comte Alphons de Poitiers et de son épouse Jeanne de Toulouse décédés au retour de la 4ème croisade avec le Roi de France St Louis mort à Tunis, pour les administrer ensemble.
Il créa alors une province dénommée le Languedoc avec son administration : les Etats du Languedoc. Ainsi le nom de Comté de Toulouse fut abandonné au bénéfice du nouveau nom du Languedoc, celui-ci correspondant au Langage, la Langue d’oc de tous ces pays, comté, vicomté, marquisat …
La Langue d’oil correspondant au pays du Nord (oc et oil signifiant oui dans les deux langues).
Toutefois le Roi conserva l’emblème des Comtes de Toulouse à savoir la Croix pommetée qui devint la Croix du Languedoc.
Les Etats du Languedoc étaient administrés par un Gouverneur, des Sénéchaux, des Bailes, et un Parlement. Le Parlement siégeant à Toulouse pour les questions de justice et à Montpellier pour les Finances de la Province.
Les Conseillers du Parlement recevaient pour chaque réunion annuelle un jeton de présence en argent portant l’emblème de la Croix du Languedoc.
Le Languedoc de la province de l’ancienne France comprenait sur le plan géographique :
Le Haut Languedoc correspondant au pays Toulousain des Comtés de Toulouse et des Vicomtés d’Albi avec Castres et Lavaur et au Sud le pays de Mirepoix et le Carcasses.
Le Bas Languedoc comprenant les Corbières et les plaines de Narbonne, Béziers, Montpellier, Nîmes et Uzès.
Plus 3 pays à l’Est du Massif Central le Gévaudan avec la ville de Mende, le Velay avec la ville du Puy en Velay et le Vivarais de la ville d’Alès limité à l’Est par le Rhône.
Ainsi à cette époque la Provence fut exclue de la province du Languedoc par rapport aux anciennes possessions des Comtes de Toulouse.

LA CROIX DES COMTES DU TOULOUSEa) La Croix des Comtes de Toulouse ou Croix de Toulouse (1090)

Le Comté de Toulouse avait comme « Armes » héraldiques sur ses sceaux et blasons la Croix pommelée dite à cette époque Croix de Toulouse ou Croix Raymondine car les derniers Comtes de Toulouse se prénommaient Raymond.
Pour certains, cette croix remonterait aux premiers Comtes de Toulouse dont le Comte Torcin mis en place à l’époque de Charlemagne en 778. Celui-ci l’aurait adoptée à la suite d’une victoire sur les Maures à Bayonne où un ange dans le ciel lui aurait donné ce signe de victoire puis ensuite dans la Reconquista en Espagne.
Par la suite, c’est surtout à partir de 1090 que le Comte de Toulouse Raymond IV prit comme emblème la Croix pommetée.
En fait c’est surtout au moment des préparatifs de la 1ère Croisade en 1095 que le comte Raymond IV de Saint-Gilles adopta la Croix pommetée comme emblème et signe de ralliement de son immense armée. Le Pape Urbain II est venu à ce moment là à Toulouse bénir la basilique Saint-Sernin et prêcher la croisade. Le comte Raymond IV, ses chevaliers et soldats portèrent dès lors sur leurs blasons, boucliers, et oriflammes la Croix pommetée pendant toute la croisade, jusqu’en Terre Sainte, la Croix étant de plus le symbole du Christ et des Chrétiens.
Le Comte Raymond IV fonda par la suite le Comté de Tripoli au Liban. Celui-ci porta ainsi lui aussi les armes de la Croix pommetée de Toulouse pendant presque cents ans.
En effet, plusieurs Comtes de Tripoli de la famille de Toulouse Saint-Gilles se succédèrent au Liban en Terre Sainte jusqu’en 1291.
Dans les châteaux des croisés en Palestine, à Bodrum en Turquie et à l’Ile de Rhodes on retrouve souvent des pierres sculptées avec le blason de la Croix de Toulouse.

b) La Croix des Marquis de Provenc

Le Comte de Toulouse Guilhem III dit Taillefer épousa la sœur de Guilhem I de Provence dénommée Emma de Venasque-Provence. Elle lui apporta en dot une partie du Marquisat de Provence, comportant le Comtat-Venaissin, les villes de Venasque, Nîmes, Saint-Gilles et Beaucaire d’où le nom de Comte de Saint-Gilles que prirent alors les Comtes de Toulouse.
Par la suite, le Comte Raymond de Saint-Gilles épousa encore une héritière de Provence et lorsqu’il devint Comte de Toulouse en 1093 il prit le nom de Raymond IV Comte de Toulouse et Marquis de Provence. Dès lors il adopta et arbora la Croix des Marquis de Provence qui devint ainsi la Croix de Toulouse. C’est pourquoi en 1094 au départ pour la 1ère croisade il adopta cette Croix pour toute son armée qui du reste comportait beaucoup de Provençaux, d’où le nom de son armée « l’armée des Provençaux ».
c) La Croix du Comtat Venaissin et de Venasque

Toutefois antérieurement la Croix des Marquis de Provence semble provenir des armes du Comtat Venaissin et de la ville de Venasque. Celles-ci représentaient avant l’an 1000, comme l’atteste en particulier des pièces de monnaies frappées à Pont de Sorgues dans le Comtat Venaissin, une Croix vidée, cléchée aux douze pommettes mais les métaux et couleurs étaient différents, « Croix d’Azur sur fond d’or ».

d) La Croix de Gigondas

Il existait aussi une autre variété de métaux et couleurs de la Croix de Provence à savoir celle de la famille de Gigondas : Croix d’argent cléchée, vidée, pommetée sur fond d’azur.
Ainsi les Comtes de Toulouse adoptèrent la forme de la Croix de Provence mais ils en changèrent les métaux et couleurs devenant Croix d’or sur fond de gueules ou rouge.

e) La Croix du Comte de Forcalquier

Le Comté de Forcalquier était situé au milieu de la Provence autour de la ville de Forcalquier. Il était issu du démembrement en deux du Comté de Venasque.
De l’an mille à 1245 il fut un temps indépendant puis dépendra par mariage de la famille d’Urgel et de Gévaudan puis du Royaume d’Aragon et de France en 1246.
Les armes étaient aussi une Croix vidée cléchée et aux douze pommettes avec les mêmes métaux et couleurs que celle de Venasque, Croix d’Azur sur fond d’or. Ainsi les Croix de Forcalquier et de Girondas semblent provenir ou avoir été créées en même temps que la Croix de Venasque du Comtat Venaissin.

f) La Croix du Comte de Provence puis des Comtes de Barcelone et Rois d’Aragon

On retrouve en effet la Croix vidée, cléchée, pommetée, en Catalogne, en Aragon et dans le Val d’Aran. Celle-ci est représentée dans de nombreux monuments comme au monastère de l’Estany et au monastère mausolée des Comtes de Barcelone à Poblet, par la suite elle a été reproduite jusqu’à nos jours dans de nombreux documents et armes des villes de Catalogne. Cela est en rapport avec le mariage en 1122 de Douce de Provence avec le Comte de Barcelone Raymond-Béranger IV, celle-ci apportera en dot le Comté de Provence correspondant au tiers Est et Sud de la Provence avec Marseille et Nice.
Les Comtes de Barcelone puis Roi d’Aragon adoptèrent ainsi eux aussi la Croix de Provence et les couleurs de la Croix et du Drapeau, depuis Catalan, d’or aux quatre pals de gueules.
Ils les garderont malgré le rattachement complet de la Provence au Royaume de France en 1481.
Ainsi la Croix de Provence du Comtat-Venaissin fut à l’origine soit l’ancêtre, des Croix de Toulouse et de Catalogne et Aragon entre le 11ème et 12ème siècles.

B) HISTOIRES ANTIQUES

Voyons maintenant d’autres hypothèses d’origine de cette Croix, en remontant toujours le temps.

LA CROIX DES WISIGOTHS (IIIème siècle au VIIIème siècle)

Les Wisigoths originaires de Scandinavie migrèrent à partir de l’an 330 à travers l’Europe de l’Est jusqu’au bord de la mer Noire et Constantinople. Ils migrèrent encore une fois vers l’Ouest traversant la Grèce, l’Italie, puis la région Toulousaine où ils s’installèrent avec Toulouse comme capitale de leur royaume et enfin l’Espagne avec Tolède comme leur dernière capitale.
Christianisés lors de leur séjour autour de Constantinople, ils furent convertis à l’Arianisme selon les prédications de l’Evêque Arius d’Alexandrie.
Les Wisigoths utilisaient une Croix Grecque pommetée. En effet, on la retrouve sur de nombreuses stèles de pierres comme à Toulouse à la Daurade, à Narbonne et Rennes le Château mais aussi sur des bijoux, des boucles de ceinturon et des monnaies d’Espagne.
La Croix du Languedoc, de Toulouse et de Provence aurait donc pu être ramenée d’Orient par les Wisigoths qui l’avaient adoptée lorsqu’ils sont devenus chrétiens et qui pourraient l’avoir implantée en Languedoc et transmise à la Provence puis aux Comtes de Toulouse.

LA CROIX DE LA RECONQUISTA D’ESPAGNE

Après l’invasion musulmane de l’Espagne en 711 ayant mis un terme au Royaume des Wisigoths, leurs descendants, réfugiés dans les montagnes du Nord de l’Espagne commencèrent la reconquête du pays. Leur première victoire eut lieu en 722 à Covadonga par le Roi « Pelage ». Celui-ci pour commémorer le souvenir de cette belle victoire offrit à la cathédrale d’Oviedo une précieuse Croix dite de Pelayo qui justement était une Croix Grecque à douze pommettes.
Ainsi cette Croix d’Espagne de Pelayo pourrait provenir des Wisigoths réfugiés dans les montagnes du nord de l’Espagne dans la continuité de ces derniers malgré leur écrasement de 711.
Les premiers Comtes de Toulouse dont Frédélon Comte du Rouergue puis de Toulouse participèrent longtemps à la reconquête de l’Espagne. Ils auraient pu ainsi eux aussi adopter la Croix pommetée des Wisigoths d’Espagne, continuité ainsi des anciens Wisigoths de Toulouse.
Le pèlerinage à Santiago de Compostella en Galice, accompagnait la Reconquista de l’Espagne, le chemin et les églises que l’on rencontre sur le Camino Frances sont souvent ornés de blasons à la Croix pommetée en particulier dans la cathédrale de Santiago.
Ainsi la Croix du Languedoc et de Toulouse pourrait provenir de la Croix des Wisigoths de Toulouse puis d’Espagne lesquels l’avaient ramenée d’Orient de Byzance.

LA CROIX DES BURGONDES DE SAINT-MAURICE

Elle pourrait être aussi à l’origine de la Croix de Provence.
Une Croix patée, pommetée aurait été introduite dans le Valais Suisse à la fin du IIIème siècle sous l’Empereur Romain Maximien, celui-ci avait recruté une légion en Egypte commandée par Maurice.
Cette légion était déjà chrétienne copte et avait la croix pommetée comme emblème.
Elle fut envoyée pour combattre dans le Valais. Victorieuse cette légion refusa de tuer les prisonniers car eux aussi étaient chrétiens. Maximien furieux les fit tous exécuter dont leur chef Maurice, devenu ainsi Martyr et Saint. Saint-Maurice fut célébré dans toute la région, l’Italie du Nord et la Provence. Les Burgondes devinrent chrétiens Ariens vers le Vème siècle et continuèrent à utiliser une Croix trilobée copte proche de la Croix du Languedoc qui pourrait ainsi en provenir.

LA CROIX DE BYZANCE OU DE CONSTANTIN (306-337)

L’empereur Romain Constantin le Grand fonda Constantinople capitale de l’Empire d’Orient. Il devint chrétien sur la fin de sa vie, très influencé par sa mère la reine Hélène. En effet, celle-ci avait retrouvé en 326 à Jérusalem, sur le Mont Golgota, la vrai Croix du supplice de Jésus.
En souvenir Constantin avait érigé plusieurs grandes Croix en Terre Sainte. Une très grande et très belle à Jérusalem et une au Mont Hermel au Liban. La Croix apparue alors comme le symbole chrétien symbolisant la victoire du christ sur la mort par sa résurrection dans le Royaume divin.
Les premiers Chrétiens, officialisés par l’empereur, adoptèrent une Croix patée aux douze pommettes dite Croix de Constantin, continuant un style de Croix Grec et Byzantin. On la retrouve dans les Croix de procession, sur les peintures et sculptures des églises byzantines et sur les monnaies de l’époque.
Ainsi la Croix du Languedoc et de Toulouse pourrait provenir encore de plus loin de la Croix de Byzance et de Constantin, diffusée dans tout l’Empire Romain par les premiers chrétiens.

LA CROIX DES COPTES PREMIERS CHRETIENS D’EGYPTE ET D’ASIE MINEURE

Les Coptes adoptèrent du IIIème siècle à nos jours une croix grecque avec trois boules réunies stylisées dites tréflées sur les quatre branches, cette croix à douze pommettes réunies par trois a pu être celle de Saint Maurice introduite en Europe par les marins de Venise, Gênes et Marseille et adoptée par les seigneurs marquis de Provence et certaines villes d’Italie du Nord.
La croix des premiers chrétiens de Turquie Centrale et d’Anatolie, est présente dans les églises souterraines de la Cappadoce. On retrouve souvent une croix grecque peinte en rouge sur les murs et plafonds toutefois avec le plus souvent deux pommettes sur chaque branche.
Ces croix correspondent aux premiers chrétiens d’Asie Mineure comme les Coptes d’Egypte du II au VIIIème siècle. Leurs populations disparurent avec l’islamisation de la Turquie à partir du VIIIème siècle.

LA CROIX DES PREMIERS CHRETIENS D’ORIENT CHALDEENS

Les premiers chrétiens d’Orient n’avaient pas comme emblème la Croix du christ qui n’apparu comme symbole que plus tard au Vème siècle. Ils avaient une Croix Grecque à quatre branches, pommetée de 12 petites boules rappelant les 12 apôtres du christ. On retrouve cette Croix dans les églises Chaldéennes du Moyen orient, celles d’Iran, celle d’Irak : Croix d’Alquosh à Mossoul sur le tombeau de Saint Hormizd du VIIème siècle.
Même jusqu’en Chine, Croix de Tourfan, du Turkestan chinois du VIIIème siècle, Croix de Si-Ngan-Fou en Chine du VIIIème siècle où la pénétration chrétienne se fit à cette époque par les chrétiens du schisme Nestorien.
Ainsi la Croix du Languedoc semble bien remonter au début du christianisme de l’Empire byzantin et des chrétiens d’Orient. Elle fut ensuite ramenée en Provence par Maurice d’Egypte les Wisigoths, les Ostrogoths, ou les pèlerins de Terre Sainte.

LES CROIX POMMETEES D’ITALIE

Les marins Italiens, Génois, Vénitiens et Marseillais en rapport par mer avec Byzance et l’Orient ont pu ramener aussi d’Orient la Croix pommetée ce qui explique la présence de la Croix en Italie : Croix pommettée à Venise sur la cathédrale Saint-Marc, martyr d’Alexandrie en 67, ses reliques furent ramenées d’Alexandrie à Venise en 829 avec ainsi la Croix des Chrétiens d’Orient.
On retrouve la Croix du Languedoc dans d’autres villes d’Italie du Nord comme en particulier dans d’autres ports à Gênes et à Pise. Il s’agit toutefois d’une croix blanche sur fond de gueules.
Toutes ces Croix pommetées d’Italie semblent bien encore une fois avoir pour origine celle des premiers chrétiens d’Orient ramenées par les pèlerins ou les marins.

LA CROIX POMMETEE DE L’EGLISE ORTHODOXE DE GRECE ET DE RUSSIE

Ici encore, la croix pommetée fut adoptée faisant suite à la croix de Constantin de Byzance. Ce n’est pas le modèle de croix le plus répandu en Grèce et en Russie. Elle est moins utilisée que la croix du type copte tréflée mais elle existe bien encore dans les églises et sur des croix bijoux portées autour du cou.
La croix Grecque pommetée de 8 ou 12 pommettes se retrouve souvent jusqu’à nos jours dans les églises orthodoxes, surement depuis les premiers chrétiens et depuis l’Empereur Constantin.

LES CROIX ANTIQUES DES GRECS, ROMAINS ET CELTES

On retrouve dans l’antiquité de nombreuses croix à 4 branches égales dites Grecques dans des monuments, sur des mosaïques, et sur des pièces de monnaies comme celles de Marseille et des Celtes Volques Tectosages de Toulouse. Mais il s’agit d’une croix simple à quatre petites branches non réellement pommetée. La relation avec la croix du Languedoc n’apparait donc pas directe et certaine. Toutefois il y a bien semble-t-il une origine antique dans la croix du Languedoc. Cela nous rattache à la symbolique de la croix à 4 branches et aux chiffres 3.4 et 12 qui remonte à l’antiquité et à la préhistoire.

SUR LE PLAN SYMBOLIQUE

LA SYMBOLIQUE DES CROIX

La croix a en effet pour symbole l’Arbre de vie et la croix pommetée serait une fusion entre une croix simple à 4 branches égales et les 12 boules de ramification de l’arbre de vie.
La croix étant le symbole cosmique du feu créateur de la vie et de la marche du temps avec le soleil. Le soleil étant vénéré dans toutes les religions antiques et préhistoriques. On le retrouve dans la croix Indienne la Swastika évoquant la marche du soleil, comme dans l’énigmatique croix Basque qui semble en dériver. Les Romains vénéraient ainsi le cycle du temps et son divin créateur.
On retrouve encore l’arbre de vie avec zarathoustra, chez les Indous dans les Veda et même dans la bible de l’ancien testament.
Ainsi la croix et l’Arbre de vie auraient évolués vers la croix pommetée par l’addition de la symbolique des chiffres.

LA SYMBOLIQUE DES CHIFFRES OU DES NOMBRES

Le chiffre trois de chaque branche évoque la symbolique du nombre trois, dit nombre sacré, de la trinité dans toutes les religions antiques Indous, Egyptienne, Juive puis Chrétienne.
Le chiffre quatre des quatre branches de la Croix : les quatre saisons et les quatre points cardinaux.
La branche horizontale symbolisant la vie, la branche horizontale la lumière.
Le chiffre 12 des 12 pommettes surtout rappelle les comptes par douzaine, les douze disciples de Bouddha, les 12 apôtres du christ et le cycle du temps avec les 12 heures du jour et les 12 mois de l’année.
Enfin la croix du Languedoc est le symbole de la maîtrise de l’univers avec les douze signes du zodiaque dont l’histoire, remonte à Summer puis à l’Egypte. Le sculpteur Raymond Moretti a magnifiquement créé sous l’impulsion du Maire de Toulouse Dominique Baudis une Grande croix de Toulouse sur la place du Capitole à Toulouse avec la représentation des douze signes du zodiaque.

CONCLUSION

Telle est la longue et passionnante histoire de notre croix pommetée du Languedoc ou croix Occitane ou Croix de Toulouse. Son histoire est en partie actuelle réelle et en partie antique faite de nombreuses hypothèses.
Nous pouvons être fier avec l’Académie du Languedoc de poursuivre sa riche tradition historique et son profond symbolisme.
Elle fédère ainsi toute l’Occitanie et tout le Languedoc, symbole de proue de notre région, toujours renaissante avec nos élus, nos hommes de lettres et nos artistes que nous récompensons chaque année par les prix de l’Académie du Languedoc ornés de la croix du Languedoc.

Docteur J.F. GOURDOU