26-01-28 Grand Prix littéraire ville de Toulouse

ACADEMIE DU LANGUEDOC

 Grand Prix littéraire de la ville de Toulouse attribué à

Marie-Hélène NUNEZ

Salle des Illustres du Capitole Séance solennelle du 28 janvier 2026
Présentée par Michel PORTOLA  31e fauteuil 

Bonsoir,

Il m’est agréable de présenter ce soir, lors de cette séance solennelle, Marie-Hélène NUNEZ. Nous nous connaissons depuis près de trente ans alors qu’elle était professeur agrégée de lettres classiques au collège de Bellefontaine à Toulouse. J’étais son chef d’établissement.

Très vite, j’ai pris la mesure de ses qualités d’enseignante, notamment en direction d’une population pas toujours favorisée.

Enseigner le français en ZEP est une démarche normale mais développer l’apprentissage du latin auprès de cette variété de cultures n’était pas chose évidente tout comme d’emmener ses élèves en voyage linguistique à Rome. Et ses convictions profondes de la pratique élégante de notre belle langue l’ont poussée à me demander de créer une section de grec, ce à quoi j’ai accédé avec enthousiasme.

Ce n’est pas osé, c’est tout simplement exceptionnel, empreint d’un souci de réussite, d’émancipation, d’ouverture de l’esprit vers l’universalité et la tolérance.

Je la retrouve donc au travers de sa production littéraire dont je retiens 4 titres :

En 2013, « Dis-moi seulement une parole et je serai guéri ».
En 2017, « Leurs chemins ».
En 2020, La Petite ».
Et aujourd’hui, « Territoires Etanches ».

La fratrie NUNEZ était basée à Mazamet. Et au travers de cet ouvrage, j’ai découvert un territoire profondément ancré dans une industrialisation du traitement des peaux et laines de mouton, au point d’en devenir la 1ère puissance mondiale du délainage.

Et c’est cette fabuleuse aventure humaine, que retrace M.H. NUNEZ  en décrivant, sans aucune concession, les dures conditions de vie endurées par une population totalement dépendante de cette économie florissante.

Et cela s’est poursuivi des décennies durant jusqu’aux années 1980 où le déclin, du fait de l’industrialisation à outrance, de la mondialisation effrénée, a anéanti ces territoires.

Le livre retrace avec passion, sincérité, sensibilité, cet attachement viscéral à des métiers pourtant ingrats sur fond de jalousies religieuses.

En effet, les familles de patrons étaient protestantes alors que celles des ouvriers étaient catholiques. Ce clivage qui deviendra même politique, a suscité de nombreuses crises, toujours résolues.

J’ai été absorbé, passionné, bouleversé par la lecture de cette saga et je serais tenté de vous la faire partager ici-même…

On se sent tellement pris par l’analyse humaine, la vérité authentique des personnages que l’on en est droit de se demander si vous – M.H. N.- n’avez pas été au cœur de cette aventure ?

Allez donc à la rencontre de Marthe, Paul, Jean-Christophe, François, Jeanne, Hafsatou…

 Certes, vous livrez ici des souvenirs d’enfance, même olfactifs, au travers de visites imposées et que vous détestiez.

On rit, on pleure, on souffre en partageant votre narration et on ne peut que vous rendre hommage quant au travail effectué sur les récits. Pas de plan à priori, tout est construit au fur et à mesure des mots.

Avec quelle capacité vous entrez dans la peau des acteurs de cette aventure ! Un ressenti affirmé tant pour les personnages réels que fictifs.

Certaines fois, l’écriture est courante et durable. D’autres fois, vous donnez l’impression d’attendre afin de se faire rencontrer les idées.

Pour conclure, je relèverai cette formule énoncée dans votre ouvrage :

«  Chaque bourg aura une stèle ornée d’une épitaphe : A LA GLOIRE DE L’USINE SACRIFIEE A LA MONDIALISATION ».

Bonne lecture.

L’Académie du Languedoc est heureuse de vous décerner le Grand Prix Littéraire de la Ville de Toulouse.